La Presse
Vacances Voyages, samedi 4 février 1995, p. H6
Bruges, pour les couples romantiques
Verbeeck, Eddy
Il est des destinations incontournables pour les couples romantiques ; Vérone, Venise, Amsterdam, autrefois Dubrovnik et plus récemment St-Pétersbourg. Mais il est aussi un petit joyau pour les Tristan et Iseult contemporains qui veulent s'offrir du médiéval pour leurs séjours d'amoureux : Bruges.
Située dans la région des Flandres en Belgique, Bruges a souvent été appelée la Venise du nord à cause de sa ressemblance avec la ville de l'Adriatique. Bruges est en effet construite sur des canaux, ce qui permet de la visiter en barque comme sa consoeur du sud. Mais on ne visite pas Bruges comme on visite New York ou San Francisco ; ici, pas de cab ou de tramway pour entrer dans le rythme de la ville, pas d'arrêts rapides aux adresses marquées de la carte. Bruges doit se découvrir longuement, patiemment. Tout se fait à pied ou en bateau. Dans cette ville où le temps est resté suspendu, il faut goûter pas à pas le passé fastueux qui s'offre à nous. Chaque maison, chaque chapelle, chaque monument restitue la saveur des siècles révolus.
Située à moins d'une heure de route de Bruxelles, la célèbre ville moyenâgeuse n'est pas en bordure de mer, même si elle baigne dans l'eau.
Grandeur et misère
Autrefois, un bras de mer appelé Zwyn rejoignait la ville et permettait aux navires de s'y rendre. Dès le 11 e siècle, le port est très actif : les voiles de la Méditerranée et de la Baltique s'y donnent rendez-vous. Bruges devient prospère et jusqu'au 15 e siècle, elle demeure un des hauts lieux du commerce d'Europe du Nord. Mais progressivement, le Zwyn s'ensable, empêchant les bateaux de se rendre jusqu'à Bruges qui agonise lentement et entre dans un sommeil profond. On l'appellera Bruges-la-Morte. Les poètes et les peintres lui rendront hommage à leur façon, puis, comme un trésor conservé dans une bulle de verre, elle émerge enfin de son long sommeil et réapparaît au monde comme un merveilleux site touristique.
Dentelles et tableaux
Avec sa haute tour qui domine la Grand'Place, le beffroi constitue généralement le point de départ de la visite de la ville. Avec ses 50 mètres de haut, le beffroi de Bruges symbolise la puissance des métiers. Au 18 e siècle, c'est ainsi que les riches marchands de la ville ont voulu affirmer leur pouvoir. À deux pas de là, se trouve la chapelle du Saint-Sang qui abrite une relique d'or en forme de tube où l'on aurait recueilli le sang du Christ. Le Jeudi Saint, une procession a lieu dans les rues de la ville avec des figurants habillés de costumes de l'époque des croisades. Ces gens d'armes vêtus de tuniques blanches à croix rouge et d'armures scintillantes paradant sur fond de décor médiéval offrent un spectacle des plus convaincant. En contournant le beffroi par la droite, vous entrez dans le Bruges profond, celui des canaux et des musées couvant les richesses de ses peintres flamands. Au musée Groeninge, vous trouverez un bel éventail des merveilles laissées par les Primitifs flamands tels Jérome Bosh, Gerard David, Hugo van der Goes et Hans Memlinc que Bruges célèbre présentement par une exposition qui lui est entièrement consacrée. Vous pourrez y contempler ses plus célèbres toiles : l'adoration des Mages, Le Mariage mystique de Sainte-Catherine, ainsi que Bethsabée au bain. Plus loin, une halte au Musée Communal de Bruges vous permettra de contempler les toiles de Jan Van Eyk qui joua un rôle capital dans le rayonnement de la peinture flamande. Votre parcours dans cette ville est orné de dentelle ; partout, boutiques, artisans et dames costumées vous rappellent que Bruges est réputée mondialement pour cet art délicat. Mais si vous désirez ramener du fait main, sortez vos escarcelles, les prix sont en conséquence. Et pour achever d'exalter votre âme, entrez dans l'église Notre-Dame où est installée la statue de Michel-Ange, La Vierge à l'Enfant : cette sculpture exprime toute la beauté et la sérénité de l'amour d'une mère pour son enfant. Ces joyaux artistiques se livrent à vous au gré de votre promenade qui se fait tantôt à pied, tantôt en bateau. Au fil de l'eau, vous découvrirez ces splendides maisons à créneaux, ces belles façades patriciennes, ces ponts pittoresques, ces places cernées de maisonnettes.
S'abandonner au passé
Le parcours suggéré vous amènera, entre autres, au Minnewater (mot flamand signifiant ""lac d'Amour"") et, en fin de promenade, au Béguinage, un cloître fondé il y a sept siècles par Marguerite de Constantinople. Le domaine abritait des femmes laïques, généralement des veuves, qui se consacraient à une vie religieuse. Tous ces lieux enchanteurs vous laisseront sur l'impression qu'il est possible de décrocher du temps, de fuir le contemporain pour se laisser emporter par un passé teinté de romanesque. Et gagné par l'envoûtement, s'il vous prenait l'envie de prolonger votre séjour sans vous extraire de ce décor, de nombreux hôtels au cachet moyenâgeux sont aménagés dans le coeur du vieux Bruges. La cité flamande est belle à découvrir en tout temps de l'année. Cependant, comme à Venise, sillonner les ruelles et les canaux encombrés de l'été, prive les tourtereaux de cette presque solitude indispensable à leur intimité. La bruine d'hiver si fréquente en Belgique se charge de la leur fournir. Et ce petit rien de grisaille confère aux promenades un rythme poétique que le soleil cru ne sait procurer.