Dernière Heure*

Vendredi 26 août 2005

 

Le retour de Jeff Filion

Par Eddy Verbeeck

 

L’animateur controversé, Jeff Filion a connu un passage à vide après l’affaire Chiasson, mais il a vite retrouvé le sens des affaires et lancera cet hiver une radio internet appelée radioXpirate.com. Outre de la musique, le site proposera une émission matinale façon CHOI-FM. Il y aura donc du venin en-ligne. Mais, même si le CRTC ne peut plus lui mettre des bâtons dans les roues, le provocateur de la Capitale n’est pas à l’abri des poursuites!

 

Vous préparez un retour radio en-ligne, c’est sérieux ou c’est encore un projet incertain?

C’est sérieux, bientôt on réalisera une autre étude de marché, mais effectivement on semble parti pour lancer le projet dans les prochaines semaines. On pourra le concrétiser en février ou mars…

 

On vous pousse à reprendre le micro?

Les gens de Québec qui me disent quand est-ce que tu reviens, on s’ennuie! Ce sont eux qui me poussent à faire ce projet Internet.

 

Vous parlez de Québec, par opposition à Montréal?

 

Pas par opposition, parce que je sais que j’ai de l’écoute à Montréal. Par contre, les médias diffusent toujours les mêmes phrases; deux minutes sur dix mille heures d’écoute sont propagées à la grandeur des médias. À Montréal, la perception, pour plusieurs, est fausse, ils n’ont pas entendu toutes mes émissions. À Québec, les gens me connaissent. Il y en a qui ne m’aiment pas, c’est normal on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais à Québec, si le problème était si dur que cela, j’aurais déménagé à Montréal.

 

 

radioXpirate serait votre propriété ou est-ce que ce sera un groupe?

 

Ce sera un regroupement de plusieurs personnes; je suis investisseur, mais avec d’autres partenaires.

 

Vous êtes sur les traces de Howard Stern qu’on peut syntoniser sur satellite pour 13$ par mois?

 

En fait, c’est un peu différent, puisque lui, a adopté une technologie satellite. L’autre différence c’est que je suis rendu à mon compte alors que lui s’en va dans un réseau déjà établi. Dans ce réseau, il y a des canaux déjà offerts, tandis que moi je commence à zéro. Sur le site, on va offrir 12 stations; il y aura du rock francophone et anglophone et puis, on sera aussi très proche des groupes de la relève. À 11 heures, il y aura des musiques plus spécialisées, plusieurs dérivés du rock, du top 40 et même du country. Dépendant de votre choix, vous pourrez écouter ce qui vous plaît, sans commerciaux et avec images sonores. 

 

Il y aura une émission du matin qui sera aminée par vous, à quoi ça ressemblera? Allez-vous revenir au style radio-extrême de l’époque de CHOIX?

Ça va ressembler à ce que je faisait à CHOI-FM. Je ne pense pas que je faisais de la radio-extrême. Ces deux dernières années, j’étais encadré, je faisais un bon travail. Je n’aurai plus le CRTC dans les pattes avec Internet, mais je sais aussi que je ne suis pas à l’abri des poursuites par les tribunaux si je dépasse les limites. C’est certain que je ne veux plus me faire poursuivre.

 

Genex était votre employeur. Avec le recul, votre congédiement , vous le percevez comme une trahison ou comme quelque chose qui était nécessaire pour le bien de tous?

 

Moi je pense que, si j’avais été propriétaire de la station, je serai allé jusqu’au bout… Les revenus que j’engendrais à la station étaient énormes. À leur place, j’aurais compris que Jeff  Filion était important pour leurs auditeurs. Depuis les débuts, ils m’ont défendu, ils m’ont toujours appuyé; c’était pas le temps de changer d’animateur du jour au lendemain. Malheureusement, après cette décision, ils en paient le prix!

  

À la place de Genex , je ne serais jamais allé jusqu’au procès dans l’affaire Chiasson. Toutes les stations au Canada règlent avant la cour. Si j’étais Genex, je n’aurais jamais fait ça… Moi j’aurais réglé ça hors-cours, tu règles le litige avant …

 

Parlons-en de l’affaire Chiasson, vous avez été reconnu coupable de diffamation, c’est une accusation qui doit vous faire réfléchir, non?

 

J’ai reconnu que j’avais dépassé certaines limites. Je préfère ne pas revenir là-dessus, mais qu’on soit pénalisé de 345.000 dollars pour cette histoire alors qu’ici, à Québec, un propriétaire de plusieurs pharmacies impliqué dans la prostitution juvénile a écopé de 3000$ d’amende et 60 heures de travaux communautaires, moi ça me mélange dans mes valeurs.  Si on compare ce que j’ai pu faire, je suis prêt à payer 500$ et effectuer 10 heures de travaux communautaires, parce que c’est pas mal moins pire mes propos que ce que ces gens-là on pu faire!

 

 

La position du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada (CRTC) sur le contenu Internet.

 

Si l’animateur Jeff Filion retrouve ses élans d’hooligan de la radio sur l’Internet, ce n’est certainement pas vers le CRTC qu’il faudra se tourner pour le museler : « Notre message est clair. Nous ne réglementerons rien sur Internet, » déclarait en mai 1999, la présidente du CRTC, Françoise Bertrand.

 

En matière de diffamation. la position du CRTC s’appuie sur le constat suivant :

«Il existe des outils plus adéquats que la réglementation du Conseil pour régler les problèmes de contenu offensant ou illégal sur Internet, comme par exemple Le Code criminel canadien, la Charte des droits et libertés, l’autoréglementation de l’industrie, divers logiciels de filtrage du contenu et une sensibilisation accrue aux médias.»

 

Il faudra donc vous tourner vers les tribunaux si le fiel de M. Filion tombe sur votre tête, ce qui suppose des frais d’avocat et de longs délais, à moins que Le Programme de contestation judiciaire de la Charte canadienne des droits et libertés n’accorde un soutient financier à votre requête. 

 

L’article 2 de la Charte prévoit, en effet, des limites à l’expression des idées :

 

«Même si ces libertés (dont la liberté de la presse et les autres moyens de communication…) sont très importantes, les gouvernements peuvent parfois les restreindre. Par exemple, les lois pour lutter contre la pornographie et la propagande haineuse apportent des limites raisonnables à la liberté d'expression puisqu'elles empêchent qu'un préjudice soit causé à des personnes et à des groupes.»

 

 

* Dernière Heure est un magazine de TVA Publications Inc.