La Presse Vacances Voyages, samedi 14 janvier 1995, p. H10  

De quoi se sentir tout petit!

Un musée belge présente une exposition infestée d'insectes géants robotisés
Verbeeck, Eddy
Du haut de ses deux mètres, la mante religieuse nous regarde d'un air menaçant. Elle claque des mandibules dans un bruit sec. Il ne fait pas bon être mâle dans les parages... On aurait pu se croire dans l'un des studios Walt Disney lors du tournage du film "Chérie, j'ai réduit les enfants" ; nous sommes plutôt à Bruxelles, à l'Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique. L'exposition s'appelle Micro-Macro et se veut un moyen de réhabiliter les insectes aux yeux du public qui ne retient souvent d'eux que leur aspect nuisible. Généralement laids, ils n'attirent que parce qu'ils fascinent ; leurs carapaces de gladiateurs, leurs dards redoutables, leur solidarité devant l'ennemi, autant de caractéristiques qui nous donnent envie de les observer de plus près. Mais ici, il n'est pas nécessaire de sortir votre loupe ; l'exposition montre des insectes géants robotisés. De l'entomologie à l'échelle humaine, une façon de rendre la visite plus intéressante.

Il faut parfois être patient lorsque des essaims d'élèves sont en visite scolaire. Le tout est de ne pas prendre la mouche! Les deux premiers étages de l'Institut sont consacrés aux vitrines et aux robots télécommandés. Dans les premières, on retrouve des collections d'insectes avec leurs caractéristiques mais, entre ces sections, on a aménagé des caissons qui permettent aux visiteurs d'actionner des robots et, ainsi, de mieux comprendre la "mécanique" des insectes. Une pression sur un bouton et le moustique rassemble ses stylets pour transpercer une peau plastifiée. Plus loin, on peut actionner une araignée métallique par une manette et voir dans quel ordre elle déplace ses pattes pour avancer. On peut aussi se placer derrière les yeux d'une mouche et faire l'expérience d'une vision composée par les centaines de facettes (appelées ommatidies). L'écriteau indique que cet insecte voit 1 000 fois moins bien que l'homme. Et comment! on a l'impression de regarder à travers un plafonnier de verre travaillé en biseau...

Clou de la visite
Le troisième étage est le clou de la visite. Dès l'entrée, nous sommes accueillis par une mante religieuse vingt-cinq fois plus grande que sa taille normale. Plus loin, c'est le scorpion Empereur dont la queue bouge de haut en bas. En taille réelle, il fait 18 cm (c'est un des plus grands de son espèce) mais on l'a grossi 12 fois. Le monstre donne des frissons. Pas plus folichon le colossal Dynaste de Grant, un coléoptère armé comme un tricératops. Mais au moins, celui-là est inoffensif et puis, il nous est familier, puisqu'il vit en milieu forestier dans nos contrées d'Amérique du Nord. Cachée dans une cavité, une veuve noire a tendu des filets grands comme des cordages de navire. Elle s'apprête à rejoindre une mouche qui se débat dans la soie qui l'enveloppe. On reconnaît la veuve noire au point rouge qu'elle a sur l'abdomen. Son venin est extrêmement toxique, 15 fois plus que celui du serpent à sonnette, mais comme elle n'en injecte qu'une infime quantité, sa piqûre est très rarement mortelle. Les fourmis charpentières sont les insectes robots qui ont été reproduits sur la plus grande échelle, puisqu'elles sont cent fois plus grandes qu'en réalité. Elles sont représentées dans un morceau de bois en décomposition. C'est parce qu'elles choisissent souvent de s'installer dans des charpentes en mauvais état qu'on les appelle "charpentières". Contrairement à ce qu'on laisse croire, la fourmi ne pique pas, elle mord. Quand ça lui chante, elle laisse un peu d'acide formique dans la plaie, ce qui donne une sensation de brûlure. Des fourmis (des vraies, cette fois), on peut en voir également dans des tubes placés à l'horizontale, des genres de néons qui permettent de les contempler au travail. Elles transportent leurs brindilles d'un tube à l'autre dans cette marche disciplinée que nous leur connaissons. Saviez-vous que si l'on rassemblait toutes les fourmis de la terre sur le plateau d'une balance, elles pèseraient plus lourd que tous les hommes réunis!

Tout aussi passionnante est la termitière qui s'ouvre comme une maison Fisher Price pour en dévoiler l'organisation intérieure. Des casques à écouteurs sont placés devant le monument de terre durcie d'une hauteur d'un mètre afin de suivre les commentaires d'un narrateur qui nous décrit toute la hiérarchie d'une colonie et le rôle que chacun y joue. Par un jeu de lumières synchronisées aux explications, on nous guide dans la termitière traversée de galeries. Une véritable petite usine avec ses ouvriers, ses contremaîtres, ses surveillants et l'incontournable patronne, la reine. Une exposition mécanique Ces bestioles à l'aspect primitif (on pourrait y inclure certains reptiles ou crustacés) se prêtent bien à une reproduction mécanique ; beaucoup d'insectes bougent, en effet, avec ce style saccadé des automates. Par là, le visiteur y voit une expression fidèle de leurs mouvements.

L'exposition est d'une efficacité didactique évidente et plonge le visiteur dans un univers mal connu parce que d'une autre échelle. On en sort avec l'impression que la terre recèle un monde de lilliputiens bien organisés et pas si bêtes que cela!

L'exposition étant itinérante, on pourrait très bien l'imaginer comme complément aux collections de l'Insectarium de Montréal. L'exposition Micro-Macro de l'Institut Royal des Sciences naturelles de Belgique, à Bruxelles, est présentée jusqu'au 2 avril 1995.