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Fernand Verbeeck est ton arrière grand-père (le père de grand-papa Jean-Louis). Il est né le 14 mai 1882 à Bruxelles.
Sa vie est celle d'un explorateur. À la fin du 19e siècle, le Congo n'était encore qu'une vaste contrée peu connue des blancs.
Des gens comme Fernand vont parcourir le pays, cartographier certaines régions et y établir des comptoirs.
Il était le premier enfant de Louis Verbeeck, Chef de la Comptabilité à la Banque Nationale. Sa mère, Catherine Doolaege, était d'origine gantoise et dirigeait un atelier de couture dans la maison du Boulevard de la Senne.
Catherine Doolaege & Louis Verbeeck


Après des études au Collège des Frères de Carlsbourg (non loin de Bouillon), Fernand s'engage dans la marine marchande. En 1899, on le retrouve parmi l'équipage du "Windsor Park", magnifique voilier qui transportait du charbon destiné à la Californie et à l'Afrique du Sud.

C'est dans ce pays, à Port Natal, qu'une chute lui occasionne de graves contusions. Ces blessures mettent fin à sa carrière de marin, mais une autre, plus passionnante commence. La voici...



L'AFRIQUE



LE PIONNIER ET L'EXPLORATEUR


De 1902 à 1908, Fernand prospecta l'Est du Congo pour le compte de plusieurs sociétés. Le Congo était encore la propriété personnelle du Roi des Belges, Léopold II, sous le nom d' ÉTAT INDÉPENDANT DU CONGO (en abrégé "E.I.C."); il ne sera repris par la Belgique qu'en 1908.

Un départ en 1902 - et jusqu'en 1914 - était donc l'AVENTURE dans toute l'acception du terme. Les paquebots de la Cie Maritime Belge embarquaient les passagers au Steen d'Anvers et un orchestre jouait la Brabançonne au moment où l'on larguait les amarres!

La vie en brousse demandait une constitution robuste et alors que ses collègues se plaignaient des conditions de vie, Fernand les trouvait plutôt confortables par comparaison avec celles subies à bord du "Windsor Park".

L'on partait en caravane, comme Stanley l'avait fait quelque 25 ans auparavant et dont il a donné une description détaillée dans ses relations de voyages. Ces caravanes comptaient parfois plusieurs dizaines de porteurs : l'équipement était peu pratique, lourd et encombrant. Tout était en fibre naturelle et en cuir… et souvent ne résistait pas au climat chaud et humide de la forêt équatoriale.

Les équipements et instruments précieux de navigation, de photographie et, bien sûr l'indispensable pharmacie , étaient rangés dans de lourdes malles métalliques. Une fois en brousse, ces explorateurs se trouvaient totalement isolés puisque sans aucun équipement de communication .
Les Européens, moins résistants que les natifs à la chaleur et aux fièvres, effectuaient parfois l'expédition couchés dans un hamac ou assis en chaise à porteurs. Nombreux étaient ceux qui succombaient en cours de route, emportés par la malaria, la maladie du sommeil et surtout les dysenteries. L'alcool fut aussi un grand responsable de la mortalité.
Loin de leur famille, coupés pendant des mois de leur environnement habituel, il n'était pas rare pour les Européens de noyer leur spleen dans le whisky. Fernand avoua qu'il avait lui-même eu plus d'une fois l'envie d'une "bonne cuite" mais qu'il y résista, non par principe disait-il simplement, mais parce qu'il ne supportait absolument pas les boissons alcoolisées !

Les tribus primitives rencontrées ne différaient nullement de celles décrites par Stanley , certains indigènes voyant pour la première fois un homme à peau blanche. On venait fréquemment lui examiner les mains et les toucher avec la plus grande curiosité, le plus souvent amicalement.

Moins plaisant, fut l'événement qui devait coûter la vie à trois Européens qui l'accompagnaient dans une prospection le long du fleuve Congo. Fernand aimait rappeler qu'il avait dû la vie à sa formation de marin car on lui avait demandé de rester à bord pour surveiller le bateau à aubes et prendre les mesures en cas de tornade. Ne voyant pas revenir ses compagnons, Fernand partit à leur recherche et les retrouva morts. Ils avaient été massacrés après d'horribles tortures. Peu de temps après, lui-même fut atteint d'une flèche dans les parties rebondies… et dont l'extraction emporta un gros morceau de chair ! La flèche n'était heureusement pas empoisonnée .

Ce fut également l'expérience acquise en mer - on inculquait aux aspirants les éléments de navigation, d'astronomie et l'emploi du sextant - qui avait permis à Fernand de dresser la carte de régions inexplorées (restées blanches sur les cartes), notamment sur la rivière Lomami où il fonda plusieurs postes. Cette activité cartographique d'explorateur lui valut l'honneur d'être élu membre de la NATIONAL GEOGRAPHIC SOCIETY aux U.S.A., tout de suite après la première Guerre Mondiale.

LE PLANTEUR

Rentré en Belgique en 1909, Fernand repartit quelques mois plus tard pour une société belge exploitant des plantations de café et de cacao sur l'Ile de Sâo Tomé, colonie portugaise dans l'océan Atlantique située à quelque 300 km des côtes du Gabon. Il n'y resta qu'à peine 2 ans, suite à un différend avec le directeur belge sur les causes desquelles il ne donnait qu'une version assez simplifiée. La voici quasi textuellement : Un matin, Fernand faisait l'appel des travailleurs devant la maison du directeur. Entendant une fenêtre s'ouvrir, il se retourna et aperçut le directeur qui lui demanda sans autre préambule : -"Qu'avez-vous à me regarder ainsi ?" Réponse de l'intéressé : -"Rien, mais comme cela semble vous déranger que l'on vous regarde, vous n'aurez plus ce déplaisir parce que je vous remets immédiatement ma démission !" Ce qu'il fit, et rentra en Europe où, selon certaines rumeurs, il ne fut pas accueilli avec la chaleur qui s'imposait par le papa Louis qui lui avait trouvé la situation !

Il était évident que la scène n'était que la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase, mais le caractère un peu entier de notre héros n'aurait pas été tout à fait étranger à la situation, selon les dires de sa Maman. Celle-ci lui prodiguait des conseils dans les longues lettres qu'elle lui adressait et qui se terminaient le plus souvent par ces mots : "Et surtout, pas d'arrogance !" Elle connaissait bien son fils aîné que, par ailleurs, elle adorait.

Le séjour à Sâo Tomé n'avait pas été entièrement négatif puisqu'il y avait eu la possibilité de s'adonner à la pratique de l'équitation, l'inspection des immenses plantations ne pouvant s'effectuer qu'à cheval. A voir comment il se tenait en selle et maintenait son magnifique étalon arabe, on ne peut que conclure qu'il fût certainement un cavalier de première force.

LE DIRIGEANT DE SOCIÉTÉS

En 1911, Fernand repartait à nouveau pour le Congo (devenu la Colonie du Congo Belge), cette fois comme agent principal d'une société américaine : l' AMERICAN CONGO COMPANY. Sa maîtrise des langues avait été sans doute déterminante; en effet, déjà bilingue français-flamand dans sa jeunesse, il parlait et écrivait couramment l'allemand (langue utilisée pendant ses études à Carlsbourg), l'anglais (pratiqué pendant 2 ans à la marine) et le portugais (2 ans à Sâo Tomé); il connaissait également plusieurs dialectes africains, très utiles dans les rapports avec les travailleurs noirs. Et en 1912, ces mêmes qualités lui valurent un engagement comme directeur d'une société belge établie en Guinée Française, à Conakry, sur la côte occidentale d'Afrique. Voilà donc Fernand, à l'âge de 30 ans, à la tête d'une importante société commerciale !

A Conakry, il allait pouvoir donner toute la mesure de ses capacités… et même y trouver le bonheur auprès d'une jeune Anglaise, Mary Ohsé, fille d'un important négociant britannique. Ils se marièrent en 1913. Mary venait de rentrer de Manchester où elle avait été hébergée dans sa famille pendant la durée de ses études. Son frère, Édouard ("Ned") avait été envoyé poursuivre des études commerciales supérieures en France où il fut surpris par la guerre et fut engagé dans l'aviation au grade de lieutenant . Après la guerre, Ned épousa une Anversoise, Jeanne Dupont, s'établit à Anvers et conserva toute sa vie des liens très étroits avec son beau-frère. Mais le bonheur de Fernand devait être de courte durée… En effet, les hostilités allaient rendre le ravitaillement des colonies encore plus difficile qu'il ne l'était déjà, à l'époque en temps de paix.

Mary était enceinte et, compte tenu des conditions sanitaires précaires, on lui conseilla de rentrer en Europe. Malheureusement et comme c'était alors très fréquemment le cas, elle devait mourir dans l'accouchement à Manchester, le 26 septembre 1915, sans que l'enfant puisse être sauvé. Mary n'avait que 23 ans ! Les difficultés de communications aggravées par la guerre firent que Fernand n'apprit la pénible nouvelle que trois mois après le décès.

Le coup était très dur. Profondément affecté, Fernand ne pouvait plus trouver que dans un travail acharné, un dérivatif à sa douleur .

*
Peu après le départ de Mary vers l'Europe, en août 1915, on lui proposait, cette fois au Congo Belge, la direction générale d'une société commerciale et industrielle qui était spécialisée dans la récolte du copal, la SOCIÉTÉ ÉQUATORIALE CONGOLAISE LULONGA IKILEMBA ("S.E.C.L.I.") dont le siège était à Anvers. Les débuts furent difficiles pour le jeune directeur général. On était en pleine guerre et le ravitaillement n'arrivait plus que très sporadiquement.

De mois en mois, la situation s'aggravait : les marchandises s'entassaient et finissaient par se détériorer sur les quais. Le Chemin de Fer du Bas-Congo ne fonctionnait plus régulièrement par faute de pièces de rechange et la vie, tant des Européens que des Africains, devenait de plus en plus difficile.

Pendant la 1ière Guerre, le Congo Belge se trouvait totalement isolé. Il faut savoir que les Alliés disposaient des ressources coloniales anglaises et hollandaises et ne s'intéressaient nullement au sort de la colonie belge. Fernand résolut de porter remède à cette situation.

En effet, fort de l'appui qu'il avait obtenu des Autorités Belges au Congo, il n'hésita pas à entreprendre, en pleine guerre, un périlleux et long voyage vers les États-Unis où 800 tonnes de matériel (dont celui destiné au Chemin de Fer du Bas-Congo) restaient en souffrance.

Arrivé à Londres, en juillet 1917, son premier soin fut de se rendre à Manchester, chez la tante de Mary et s'incliner sur la tombe de son épouse. Il rencontra ensuite les représentants du Gouvernement Belge en exil qui lui confirmèrent qu'il était bien exempt de service militaire et lui délivrèrent les passeport et autorisation nécessaires à la poursuite de son voyage.

Il devait d'abord rejoindre la France pour d'autres contacts commerciaux et de là se rendre aux États-Unis. Son plan était simple : il affrèterait un vapeur qui transporterait le matériel ferroviaire ainsi que d'autres vivres de première nécessité vers le Congo et retournerait aux États-Unis avec un chargement de copal de la S.E.C.L.I. On voyageait tous feux éteints avec le gilet de sauvetage en permanence sur le dos, car les U-Boot rôdaient autour des Iles Britanniques et, parfois, s'aventuraient même dans l'Atlantique…

Néanmoins, la traversée se déroula sans incidents et l'on arriva bientôt en rade de New York. Fernand aimait à raconter - et le faisait souvent - comment s'était passé son premier contact en terre américaine : Comme à tous ceux qui arrivaient pour la première fois, un passager français chevronné lui désigna la Statue de la Liberté en disant : - "Regardez-la bien surtout !" - "Pourquoi ?" - "Parce que c'est la dernière fois que vous la voyez. Allusion peu voilée aux contraintes policières en usage aux U.S.A. et peu goûtées des Européens.

En l'occurrence, le plaisantin ne croyait pas si bien dire, car à peine en rade, une vedette de la Police venait quérir Fernand pour l'emmener, entre deux "cops" à l'Ile de Long Island où il se morfondit plus de 12 heures, c'est à dire jusqu'à ce que ses correspondants à New York vinrent témoigner qu'il était bien Ferdinand Verbeeck venant du Congo et non l'espion allemand qui avait été signalé.

Ses yeux gris bleu, sa chevelure blonde et sa solide mâchoire permettaient peut-être le doute et l'on était en guerre, mais cela aurait pu se faire avec plus de discrétion (qualité sans doute peu courante dans ce pays).

Fernand se souvenait de la mine ébahie des passagers, particulièrement ceux qu'il avait fréquentés, lorsqu'ils l'ont vu débarquer sous bonne escorte ! Sitôt libéré, Fernand se mit en quête de trouver un navire. Aucun capitaine de vapeur ne voulut entreprendre un aussi long et aussi dangereux voyage, mais Fernand sut convaincre un tout jeune commandant de… voilier !! Quarante ans après les faits, Fernand rapportera lui-même cette extraordinaire odyssée, véritablement unique dans les annales de l'histoire maritime du Congo, sous forme d'article publié par le mensuel "La Revue Coloniale Belge".  Le voilier partit de Baltimore et mit trois mois pour rallier l'Afrique. Il arriva à Boma en avril 1918.

Ce superbe voilier, dénommé "Purnell T.White", du nom d'une actrice en vogue à l'époque, était un sloop quatre mâts, tout récemment construit et dont c'était le premier voyage. Mr. Ward, âgé de 26 ans, en assurait le commandement.  La gageure fut de lui faire remonter le fleuve Congo jusqu'à Boma, soit une distance de près de 150 kms, alors que le navire était dépourvu de moteurs auxiliaires… et les ports du Congo d'équipements adéquats puisqu'il n'y avait ni remorqueurs ni grues ni même de "dockers" pour assurer le déchargement de la cargaison… Au surplus, le port ne possédait aucune conduite d'eau douce à quai !!
Ce fut ainsi qu'une caravane de plus de vingt porteurs fut employée pendant plusieurs jours rien que pour acheminer l'eau d'une source voisine de Boma jusqu'aux réservoirs du navire !!! On trouvera dans cet article le récit de cette aventure fantastique, sa réussite et, dès lors la fierté légitime de Fernand… mais aussi son amertume devant la triste fin du jeune et courageux capitaine , mort des fièvres contractées au port de Boma, durant le voyage de retour du voilier .

"LOBOKO"

Dès son retour en Afrique, Fernand se remit au travail et l'un de ses premiers soins fut d'établir le siège d'Afrique de la S.E.C.L.I. à Wendji, à 20 km de Coquilhatville sur le fleuve Congo. De nombreux comptoirs furent ouverts, également en Afrique Équatoriale Française et en Angola Portugais.

Sous l'impulsion de son directeur général - alors âgé de 36 ans -, la S.E.C.L.I. allait devenir l'entreprise commerciale la plus importante du Bas Congo, comptant jusqu'à une centaine d'agents européens et deux mille travailleurs africains.

Le prestige de Fernand était grand auprès des Africains qui l'avaient affectueusement surnommé "Loboko" car Fernand ne se contentait pas de ne penser qu'aux intérêts des actionnaires de la S.E.C.L.I. Le bien-être et la bonne santé de ses travailleurs - qu'ils fussent Européens ou Africains - constituaient l'une de ses préoccupations majeures. Dans cet ordre d'idée, lorsqu'un "bleu", arrivait d'Europe "avec armes" (au sens strict du terme) et bagages, Fernand lui lançait : "Il aurait mieux valu vous armer d'un fly-tox, c'est plus utile : tout ce que vous attraperez à la chasse, ce sont des fièvres et, de toute manière, vous n'aurez pas de loisirs pour y consacrer votre temps !" Cette phrase illustre bien le caractère de son auteur, de la sollicitude sous des dehors sarcastiques.

Il détestait la chasse; en fait il avait en horreur toute forme d'agression qu'elle s'exerçât à l'égard d'un homme, d'un animal ou même, de la nature en général.

De ses années à la marine, il avait gardé des habitudes d'ordre et rien ne devait traîner sur les installations et chantiers de sa société. Il y veillait personnellement. La discipline quasi militaire qu'il avait instaurée était également un gage de sécurité et de santé pour les travailleurs noirs : l'interdiction formelle de laisser traîner bidons vides et détritus devait les protéger des fièvres (notamment du paludisme) et des accidents.

Fernand était très sensible à tout ce qui touchait à l'hygiène du personnel qu'il dirigeait. C'est ainsi qu'il avait fait construire un puits de manière à ce que les Noirs aient accès à une eau non contaminée. Il avait également fait construire une usine d'eau minérale.

De plus, la cité ouvrière de la S.E.C.L.I., qui avait été bâtie pour les travailleurs indigènes, était un modèle du genre.
Modeste, il ne se considérait nullement comme "intellectuel", ce qui ne l'empêcha pas de se préoccuper des nombreux problèmes relatifs à l'éducation des Africains. En effet, il tenait beaucoup à ce que les travailleurs noirs et leur famille fussent en mesure de s'instruire. Mais, à la différence de tant d'autres, qui ne se contentaient que d'en discuter dans les salons, Fernand passa à l'action !

C'est ainsi qu'il fit construire à l'intention de l'importante communauté noire qui était venue s'établir à Wendji, une école et une chapelle. Ces bâtiments, construits "en dur" furent une aide appréciable pour les éducateurs, agents sanitaires et missionnaires en visite au poste de Wendji.

Tous ces détails ont fait l'objet de longs articles de presse, notamment dans le mensuel "L'Illustration Congolaise" où se trouve la relation des fêtes du 10ième anniversaire du poste de Wendji.

Malgré cette vie bien remplie et des affaires qui ne cessaient de prospérer, Fernand n'était pas heureux.

On devine pourquoi ! Un travail acharné, même fructueux, ne peut suffire au vrai bonheur, il n'est qu'un palliatif. Mais, le hasard fait souvent bien les choses : les médecins lui ayant conseillé de soigner son foie , au cours d'un congé, Fernand, alors âgé de 40 ans, fit un séjour à Vichy. C'est là qu'il devait rencontrer sa seconde femme, Eléonore (dite "Elé") Puyou qui allait lui donner la vie de famille à laquelle il aspirait depuis si longtemps.

Ce fut en 1922 que Fernand épousa Elé à Biarritz dont elle était originaire et au retour d'un premier voyage en Afrique, un enfant que l'on prénomma Emile-Jean-Louis naquit à Bruxelles le 11 novembre 1925 dans la maison où vivait encore la maman de Fernand (son papa était mort en 1920).
Sa maman devait décéder l'année suivante à l'âge de 77 ans mais elle avait eu le grand bonheur de connaître l'enfant de son fils aîné.
Au mois de mai 1926, Fernand retourna à Wendji avec sa femme et son fils, mais après moins de deux ans, les médecins jugèrent prudent de rapatrier le bébé. Elé retourna alors seule en France et confia Jean-Louis à sa grand-mère , pour ensuite repartir aussitôt rejoindre son mari.

Entretemps, Fernand était devenu président de la Chambre de Commerce de l'Equateur. Il eut également l'honneur d'accueillir personnellement le Roi Albert 1er et la reine Élisabeth au siège de Wendji en 1928. Il avait mis les voitures et bateaux de la société à la disposition de Leurs Majestés.

Des articles de presse de l'époque, complétés par de nombreuses photos, rapportèrent en détail cette visite. En gratitude des services rendus à la Colonie, Fernand reçut de nombreuses distinctions honorifiques.

Fernand et Elé devaient rentrer la même année (1928) en Europe. Peu après, Fernand regagnait seul l'Afrique, mais décidé à ce que ce serait la dernière fois.

Une telle vie faite de séparations continuelles n'était plus tenable.


LES DERNIÈRES ANNÉES DE LA VIE DE FERNAND

De retour en Belgique, Fernand décroche le poste de représentant de la firme Chysler. En 1930, il se rend à New-York et y est reçu par le fondateur de la compagnie, Walter P. Chrysler.
   Walter P. Chrylser
Puis, vint la Deuxième Guerre mondiale et ses ignominies. Tant ta grand-mère Madou que ton grand-père Jean-Louis ont vécu sous l'Occupation. J'ai toujours compris à travers leurs témoignages que c'était sans doute la pire chose qu'un enfant puisse vivre. La sécurité étant un des besoins fondamentaux des enfants, la guerre vient perturber l'équilibre fragile de leur environnement. Sans compter qu'ils ressentent l'angoisse de leurs parents.

La famille Verbeeck traverse cette période difficilement. Fernand était d'un tempérament anxieux, il supportait mal la menace des mille et un dangers qui guettent les citoyens. Après cette triste période, il reprend les affaires et s'implique dans divers organismes liés à l'Afrique et au Congo.

Après avoir completé ses études de droit, Jean-Louis part à son tour pour le Congo Belge en tant que «Substitut du Procureur du Roi». Fernand est heureux de voir naître la carrière de son fils dans ce pays qu'il a tant aimé.
Plus tard, Jean-Louis se marie avec Marguerite de Cordier, ta grand-mère. Ma soeur Yannick nait en 1957 à Usumbura (Rwanda-Burundi), et ton papa Eddy, en 1958, au même endroit.

Mais, la santé de Fernand périclite. Il souffre de plus en plus de l'asthme chronique qui le mine depuis longtemps. Il meurt le 10 janvier 1960, à l'âge de de 77 ans, non sans avoir d'abord pesté contre son médecin qui tardait à arriver.